EXCLUSIF: Pertes de 240M$ en primes à la consigne depuis 10 ans, soit 30000$ par dépanneur!

L’appauvrissement généralisé des dépanneurs auquel on assiste au Québec depuis plusieurs années vient de s’expliquer un peu mieux aujourd’hui par la désignation d’un nouveau coupable : la consigne.

En effet, les détaillants en alimentation du Québec ont vu l’équivalent de 240 millions de dollars en revenus s’évaporer depuis 10 ans pour la simple et unique raison que la prime de deux sous versée pour chaque contenant consigné récupéré n’a jamais été indexée à l’inflation depuis 1984, selon un calcul inédit effectué par DepQuébec et dévoilé aujourd’hui en exclusivité.

Ces pertes significatives de revenus, qui représentent l’équivalent de 30000$ par détaillant en moyenne depuis seulement dix ans, augmentent à un rythme constant chaque année, au point d’avoir dépassé le seuil des 4000$ par détaillant l’an dernier, pour la seule année 2017.

Elles proviennent de la dépréciation de la prime fixe établie en 1984 qui, jamais indexée, se trouve à perdre de sa valeur chaque année sous le coup de l’inflation et ce, depuis 34 longues années.

Et bien qu’elles soient très subtiles, voire invisibles, ces pertes calculées par DepQuébec n’en sont pas moins aussi tangibles et réelles que n’importe quelle perte de revenu en bonne et due forme.

Une taxe invisible mais on ne peut plus réelle

Le fait de maintenir une prime fixe par contenant consigné récupéré depuis 1984 place les détaillants dans une situation intenable.

Car tandis qu’ils doivent composer avec des coûts à la hausse sur tous les plans — permis, taxes, salaire minimum, frais de cartes de crédit, électricité et inflation en général — ils se voient de moins en moins compensés chaque année pour gérer un volume de plus en plus élevé de contenants à récupérer.

Le volume de contenants récupérés via la consigne au Québec a connu une hausse soutenue au cours de la dernière décennie. Selon Boissons Gazeuses Environnement (BGE), le nombre de contenants consignés récupérés a cru de 48% depuis 2009, soit une hausse de 5,3% par année en moyenne, qui dépasse largement l’accroissement annuel de la population.

Un tel volume en croissance de contenants à traiter représente naturellement un lourd tribut de travail forcé sur les épaules des dépanneurs.

Les propriétaires se voient ainsi obligés d’accueillir, entreposer et classer les contenants déposés selon les divers formats de plus en plus nombreux, voire même à les ensacher pour livraison. Il leur faut par ailleurs attribuer un espace précieux et coûteux d’entreposage à cette fin dans l’arrière-boutique, avec souvent des problèmes de salubrité et d’odeur qui peuvent en résulter, sans compter aussi tout le fardeau de la gestion monétaire de la consigne, soit la perception et la remise de cette dernière aux consommateurs de même que la conciliation avec les autres partenaires du système.

Or, le fait de ne pas indexer le montant compensatoire pour ce travail depuis 1984 représente une taxe invisible aux détaillants — mais tout aussi tangible qu’une taxe réelle — sous la forme d’un effritement du pouvoir d’achat relié à cette compensation.

Le montant fixe de 2 cents par contenant récupéré accordé aux détaillants en 1984 a perdu plus de la moitié de sa valeur aujourd’hui. Tel qu’on le voit au tableau ci-haut (cliquez pour grossir), ce montant vaudrait aujourd’hui 4,4 cents s’il avait été indexé dès le départ, soit plus du double. C’est donc dire que, contrairement aux travailleurs en général qui bénéficient de hausses annuelles de rémunération (ex : salaire minimum augmenté de 6,6 % cette année seulement), les détaillants sont, quant à eux, la seule catégorie de travailleurs au Québec à être payés de moins en moins chaque année pour faire de plus en plus de travail. Source : Cansim (IPC Canada).

On parle bien entendu ici d’une indexation qui représente des fractions de « cennes » d’augmentations par année, ce qui semble bien peu à première vue.

En revanche, appliquées sur une aussi longue période (34 ans), et applicables sur une telle quantité de contenants, de telles augmentations se traduiraient aujourd’hui en dizaines de millions de dollars de revenus additionnels pour les détaillants.

Le tableau ci-haut démontre à quel point la consigne au Québec est devenue dépendante de l’étranglement graduel des détaillants pour s’autofinancer. Depuis 10 ans, DepQuébec estime à 240M$ le manque à gagner aux détaillants (225 M$ depuis 2009 auquel s’ajoute un autre 15M$ estimé pour l’année 2008), qui a atteint un montant record de 32,4 millions de dollars pour l’année 2017, soit 4052$ en moyenne par détaillant (en estimant leur nombre à 8000). Un ajustement de la prime aux détaillants à 5 sous par contenant rendrait ainsi la consigne fortement déficitaire, forçant l’industrie des breuvages et/ou le gouvernement à payer leur juste part. Source pour le volume de contenants: BGE.
Toute mauvaise chose a une fin

Le fait qu’à chaque année, les détaillants reçoivent sans férir une diminution de salaire pour leur travail essentiel a bien entendu fait du Québec un paradis de la consigne autofinancée, au grand bonheur de l’industrie des breuvages et du gouvernement.

En fait, ce n’est pas compliqué à comprendre : de par leur travail sous-payé de plus en plus chaque année, les détaillants sont les seuls à supporter à bout de bras la consigne au Québec. — DepQuébec

Il n’est donc pas étonnant de constater que de toutes les provinces canadiennes, c’est chez-nous que le montant compensatoire aux détaillants est le plus bas, pour ne pas dire le plus dérisoire.

En Colombie-Britannique, il varie de 3,26 à 7,61 sous selon le contenant et en Alberta, de 3,02 à 8,78 sous et ce, pour l’année 2012 (source : ici, page 62).

La situation est toutefois devenue tellement gênante que le gouvernement ne sait plus quoi faire alors que les pressions se font sentir de partout afin qu’il modernise la consigne. — DepQuébec

Ainsi, en 2014, Recyc-Québec a entrouvert la porte à un ajustement de la compensation aux détaillants pour la refermer aussitôt à double tour sous de faux prétextes, voyant venir les déficits astronomiques qu’une indexation juste de la prime ne manquerait pas d’entraîner (voir article ici).

On se retrouve ainsi à la case départ et c’est en cherchant midi à 14 heures que le gouvernement explore frénétiquement des solutions magiques comme d’installer des gobeuses partout. Il est ouvert à tout sauf indexer la prime des détaillants, comme il se doit. — DepQuébec

Le comble de l’hypocrisie

Et pendant que les forces du statu quo profitent au maximum de l’effritement annuel de la prime aux détaillants en reportant sine die son indexation pourtant inévitable, aucun ministère ne se gêne pour indexer à chaque année leurs propres frais et tarifs aux détaillants :

  • droits annuels d’immatriculation (Régistraire des entreprises) : indexé chaque année
  • permis d’alcool (RACJ) : indexé chaque année
  • permis de préparation générale sans buffet (MAPAQ) : indexé chaque année
  • permis de commerçant au détail de matériel vidéo (MCC) : indexé chaque année
  • permis d’utilisation d’équipement pétrolier (RBQ) : indexé chaque année
  • permis pour une entreprise de services monétaires – guichets automatiques (AMF) : indexé chaque année
  • permis pour la vente de pesticides (MDDC) : indexé chaque année
  • salaire minimum : augmenté chaque année bien au-delà de l’inflation
  • taxes municipales : dans la vaste majorité des cas, augmentées au-delà de l’inflation, etc.
Comment ne pas s’indigner à juste titre de pareille injustice envers ceux et celles dont on abuse effrontément de l’ardeur au travail et de la bonne volonté?
Mettre fin aux abus avec la prime à 5 sous

La consigne a beau être un système efficace de récupération des contenants à remplissage unique auquel les environnementalistes tiennent mordicus, il reste qu’à l’heure actuelle au Québec, ce système repose principalement sur l’exploitation éhontée des dépanneurs en particulier et des autres détaillants en alimentation de manière générale.

C’est un système insidieux qui parasite les détaillants de manière subtile et invisible et vous ne verrez nulle part dans le monde un produit ou un salaire non-indexé à l’inflation depuis 34 ans.

Mais s’il y a toujours bien une limite à abuser de la générosité des détaillants, c’est aussi à eux de mettre leur pied à terre.

Avec les élections provinciales prévues pour cet automne, c’est maintenant ou jamais qu’ils doivent interpeller les élus et candidats, surtout en été avec les BBQs de campagne qui s’activent.

Pour ce faire, DepQuébec s’apprête à lancer une nouvelle gamme d’affiches en magasin visant à sensibiliser le public à la juste cause de l’indexation de la prime à la consigne.

Sous le thème : Prime à 5 sous : Et pourquoi pas nous?, ces affiches visent à piquer la curiosité et susciter des conversations à l’approche des prochaines élections provinciales permettant de souligner que la prime à la consigne des détaillants n’a jamais été indexée depuis 1984.

Car rappelons-nous : le Québec en entier visite les dépanneurs environ trois fois semaine!

En posant de telles affiches en magasin, vous ferez votre part pour faire avancer le débat et nourrir le mouvement d’appuis envers les détaillants comme vous.

Cliquez ICI et faites nous savoir si vous êtes intéressés à obtenir une affiche afin de contribuer, vous aussi, à redresser les torts dont vous êtes victimes et qui ont trop duré.

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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